Après quatorze ans à réparer des pare-brise dans la Côte-d'Or, je peux l'affirmer : on casse plus de vitrages en Bourgogne que dans bien d'autres régions. Ce n'est pas une impression, c'est ce que je constate au quotidien boulevard de la Cigogne. Et ce n'est pas un hasard. C'est la combinaison du climat, des routes et de l'environnement qui met nos pare-brise à rude épreuve. Comprendre ces facteurs, c'est aussi mieux protéger son vitrage.
Les gravillons des routes de campagne
Le premier ennemi du pare-brise, c'est le gravillon. Et la Bourgogne, avec son réseau dense de routes de campagne dans le Bocage, en est généreusement pourvue. Les départementales fraîchement gravillonnées au printemps, les routes agricoles couvertes de cailloux après le passage des tracteurs, les bas-côtés qui débordent sur la chaussée : autant de sources de projection. Un camion ou une moissonneuse devant vous, et c'est la pluie de gravillons sur le pare-brise.
L'A13 et la A31, nos grands axes vers Paris et Cherbourg, sont aussi de gros pourvoyeurs d'impacts. À cent trente, un gravillon projeté par le véhicule de devant frappe le verre avec une énergie considérable. La plupart des impacts que je répare en provenance d'autoroute viennent de là. C'est pour ça que je conseille toujours de garder ses distances derrière les poids lourds et les bennes.
Le gel et les chocs thermiques
Le climat bourguignon, c'est l'humidité et des hivers où les matins de gelée blanche sont fréquents de novembre à mars. Or le gel est le pire ennemi d'un pare-brise déjà fragilisé. Un impact qui dormait tranquillement à l'automne se réveille au premier choc thermique de l'hiver. Le verre froid qu'on réchauffe brutalement avec le dégivrage, ou pire avec de l'eau chaude, se fend net. Chaque hiver, je vois défiler les fissures pleine largeur qui n'étaient que de petits impacts quelques semaines plus tôt.
Voici les facteurs climatiques bourguignons qui fatiguent les vitrages :
- Les gelées matinales fréquentes qui imposent un dégivrage quotidien en hiver.
- Les écarts de température brutaux entre la nuit et la journée.
- L'humidité permanente qui s'infiltre dans les impacts non réparés et gèle.
- Le sel d'épandage sur les routes qui attaque les baies métalliques et favorise la corrosion sous le joint.
- Les embruns salés sur la côte, de Chenôve à la Côte de Nacre, qui accélèrent la rouille des cadres.
Le sel et les embruns, ennemis discrets
Voici un facteur que les automobilistes ne soupçonnent pas : le sel. L'hiver, le salage des routes protège du verglas mais attaque la baie, ce cadre métallique sur lequel le pare-brise est collé. Sur la côte, ce sont les embruns marins qui font le même travail toute l'année. Le sel ronge le métal sous le joint, crée des amorces de rouille, et à terme l'étanchéité du collage se dégrade. C'est pourquoi, lors d'un remplacement, je traite systématiquement la baie si je la trouve attaquée. Sinon, le pare-brise neuf finit par fuir.
L'an dernier, en déposant le pare-brise d'une Clio d'une cliente de Auxonne, j'ai trouvé une baie bien rongée par la rouille, héritage d'un précédent collage bâclé et de plusieurs hivers salés. J'ai poncé, traité au convertisseur, appliqué un apprêt anticorrosion avant de poser le vitrage neuf. Quatre-vingts euros de plus, mais une étanchéité garantie pour de bon. Sans ce traitement, elle serait revenue dans deux ans avec de l'eau dans l'habitacle.
Comment protéger son pare-brise en Bourgogne
On ne change pas le climat ni les routes, mais on peut limiter la casse. Mes conseils de terrain : gardez vos distances derrière les véhicules qui projettent des gravillons, réparez tout impact sans attendre l'hiver, ne versez jamais d'eau chaude sur un pare-brise gelé, dégivrez progressivement, et faites contrôler la baie lors d'un remplacement. Un traitement hydrophobe aide aussi beaucoup pour la visibilité sous nos averses fréquentes, et il limite l'accroche des saletés.
La saison du gravillonnage, mon pic d'activité
Si je devais désigner le moment de l'année où je vois le plus d'impacts, ce serait sans hésiter la fin du printemps et le début de l'été, quand les communes et le département refont les revêtements des routes de campagne. Le gravillonnage, cette technique qui consiste à répandre des graviers sur une couche de liant, laisse pendant des semaines des cailloux libres sur la chaussée. Les panneaux limitent la vitesse à cause de ça, mais tout le monde ne ralentit pas, et un véhicule qui roule trop vite sur une route fraîchement gravillonnée projette des cailloux sur tous ceux qui suivent. Chaque année à cette période, mon agenda de réparation d'impact se remplit.
Mon conseil pour ces semaines-là est tout bête mais efficace : respectez vraiment les limitations sur les portions gravillonnées, et doublez vos distances. Un gravillon projeté à cinquante kilomètres-heure fait beaucoup moins de dégâts qu'à quatre-vingt-dix. Et si vous voyez un panneau gravillons, ce n'est pas une suggestion décorative, c'est une vraie alerte pour votre pare-brise et pour votre carrosserie. Les artisans et commerciaux qui sillonnent la Côte-d'Or toute la journée sont les premiers concernés, et ce sont aussi ceux qui passent le plus à l'atelier au printemps. Un peu de prudence sur ces routes, c'est autant d'impacts évités. On ne maîtrise pas le calendrier des travaux, mais on maîtrise sa vitesse et sa distance, et c'est déjà beaucoup pour préserver son vitrage.
"Nos routes de Bocage, nos gelées et nos embruns forment un trio qui use les pare-brise. On n'y peut rien sur l'environnement, mais beaucoup sur les réflexes : distance, réparation rapide, dégivrage doux. C'est ça qui fait durer un vitrage en Bourgogne.
Alors si vous trouvez que vous cassez souvent vos vitrages, ce n'est pas vous qui jouez de malchance, c'est la région qui veut ça. Adoptez les bons gestes, réparez vite, et faites confiance à un réparateur qui connaît les contraintes locales. Route de Genlis, je vois passer ces dégâts toute l'année, et je sais comment les anticiper.
Le double effet du gel et des chantiers d'autoroute
Ce que je constate sur le terrain depuis 2012, c'est que les pics de casse suivent deux calendriers. D'abord l'hiver, quand les nuits descendent sous zéro sur le plateau dijonnais. Un éclat qui dormait tranquillement depuis l'été se transforme en fissure du jour au lendemain, parce que l'eau infiltrée dans le micro-trou gèle, gonfle et fait travailler le verre. Décembre et janvier, mon agenda de réparations d'impact double presque.
Ensuite la belle saison, avec les chantiers sur l'A31 et l'A38. Les zones de travaux laissent des gravillons sur la chaussée, et à 110 derrière un poids lourd, un caillou projeté frappe le pare-brise comme un marteau. Mai et juin, je vois passer beaucoup d'impacts frais d'automobilistes qui rentrent du travail. Mon conseil de Bourguignon, c'est de garder ses distances dans les zones de travaux et de ne jamais laisser passer un éclat avant l'hiver. Réparé à temps, en belle saison et au sec, un impact coûte souvent 0 € avec l'assurance et se traite en une demi-heure. Laissé courir jusqu'au premier gel, il finit en remplacement complet. Entre les deux, il n'y a parfois qu'une nuit à moins trois degrés.